Un samedi pas comme les autres

C’est samedi soir et tu n’as pas de mood. Tu valses entre une envie de constructivisme et une envie de néant spirituel. Ça fait déjà au moins une heure que tu manges des collations faibles en calories, mais qui au total doivent totaliser la moitié de l’apport calorique quotidien recommandé. Pour sortir de cette immobilité cauchemardesque, fais le plein d’enthousiasme en te planifiant un horaire bien rempli. Suis l’exemple qui suit (inspiré d’une soirée bien réelle…):

7h 00 – Réveil

7h 30 – boire un thé et manger une collation (mood vedge)

8h00- Potiner tout en mangeant une collation (mood social)

8h30- Potiner tout en mangeant une collation

9h00- Potiner

9h-30- Prendre les choses en main et faire un horaire (mood motivé)

10h0o- Aller au magasin acheter des produits de beauté en pyjama pas de bobettes ( mood girly)

10h30- Blade: prendre une douche; Goldy : fabriquer une préparation de pâte à biscuit à base d’un kilo de truffes reçu à Noël. Puis, inverser les rôles. (mood efficace)

11h00- Application des produits de beauté. Blade: lecture; Goldy: rédaction du blog. (mood constructif)

11h30- Manger les biscuits aux truffes. (mood gourmand)

Minuit- Écouter des mangas jusqu’à 3h du matin pour te récompenser de ta soirée que tu penses productive juste parce que tu as fait un horaire. (mood geek)

Retour sur le samedi pas comme les autres

Goldy et Blade ont finalement réussi à tout faire dans l’horaire! Elles ne se sont donc pas senties mal d’avoir refusé les invitations de leurs amis, car leur prétexte n’était plus le flegmatisme mais bien le fait d’avoir un horaire occupé! Elles ont trouvé la soirée tout à fait saine, surtout quand elles sont sorties sur Sainte-Catherine en pyjama (voir ci-haut) acheter des masques faciaux et des oeufs (biscuit oblige), qu’elles sont passées devant un club où les gens se sont exclamés « ooohhh what a FUCK THAT look » à leur passage.

T’as pas de mood? Essaie le FUCK THAT mood.

Le p’tit vieux de 12 ans

Un des plaisirs de travailler dans une école est sans doute de constater les visages ingrats et prépubères des élèves du premier cycle. Lorsqu’on s’adonne à de tels plaisirs d’observation, on ne peut que constater l’improbables asymétrie du début de l’adolescence et se remémorer cette bonne vieille époque ou on portait (même si c’était un peu à reculons) les vêtements du Croteau et du Walmart que nos parents choisissaient pour nous. Il faut bien les comprendre; nous étions en pleine croissance! Cette époque ou l’expérimentation du sytle commence à peine à froler notre esprit. Bien sûr, grâce à la popularisation des uniformes c’est moins évidents de repérer les jeunes qui marchent sur la frontière enfance/adolescence et on n’a plus la chance de s’émerveiller devant les agencements douteux de pantalons corduroy,de chandail trop grand et de running-shoes pas de marque blancs gris et bruns. Bon, je divague.

L’évènement dont je veux faire part est le suivant:

Alors que je marchais, telle une reine des ténèbres, dans les corridors de l’école, je m’amusais à regarder le visage des élèves et à écouter leur voix nasillarde et imparfaite. Un d’entre eux a particulièrement attiré mon attention l’espace de 1.8 secondes. Il avait environ 12 ans, mais je le voyais en petit vieux. En fait, c’était un paquet d’os en pleine croissance. Il parlait avec son ami rondelet en crispant ses membres autour de ses cahiers beaucoup trop gros. À chaque mot, je pouvais entrevoir ses broches qui tiraient sur ses lèvres fines et sèches. Son nez était mince, ses joues étaient creuse et d’une couleur blafarde. Ce petit visage de rongeur était couronné de minces cheveux blonds, presque blancs (offwhite comme dirait un peintre du mile-end). Bref, le petit vieux trop maigre par excellence. Malgré tout, ce qui le sauve de sa vieillesse prématurée, c’est son regard. Pas un regard de petit vieux! Un regard de petit criss! Un regard de petit criss dont le déjeuner est un gros muffin double chocolat du Costco. Un regard de petit criss qui est bien dans son chandail Ecko Red trop grand. Un regard de petit criss qui choisit de rester un enfant un peu plus longtemps.

Grande comme un livreur de pizza barbu

Cassons donc la glace des choses random en cette froide journée! Alors que Goldy se passait les pieds à la pierre ponce, elle se rappella un truc qu’elle avait vu chez la petite fille à qui elle donne des cours. Une affiche. Ça représentait une échelle de grandeur de 50 cm à 1,50 m, la quasi-taille de Goldy (aussi surnommée Nain de la vapeur), mais chaque 10 cm était représenté par un métier, personnifié par un adulte costumé. La petite fille  demanda où elle était sur l’échelle, en espérant un clown ou un pompier, mais Goldy dut répondre: « le gros livreur de pizza barbu, désolée ».

Merci Éric Fournier

Savez-vous qui est Éric Fournier? a) Le plus beau gars de l’école promotion 2002 b) le nom du chien de ton ami weirdo c) l’homme qui a changé le cours de notre 19 janvier 2012.

Ça s’est passé comme ça. Blade était nue, blasée dans son lit. Goldy revenait de sa séance bihebodomadaire d’aide au devoir où elle est tenue de manger des pâtes au ketchup avec la famille. Une soirée comme les autres. Le genre de soirée buzy middle week qui peut juste déboucher sur deux choses: un reductio ad Hitlerum ou une discussion sur le déterminisme homme/femme. Le thème de la dualité des sexes s’imposa tandis que Goldy essayait de faire la split, mais son vagin ne touchait pas encore tout à fait à terre. Blade raconta comment, oppressée par cette société infernale pour la femme « average », elle s’était faite bronzée 8 minutes cette journée-là afin que sa récente acnée d’adulte parte, mais visiblement, ce n’était pas suffisant.

Cela dit, la mort fraîche de Sarah Burke planait comme un non-dit dont il fallait se départir. Blade lança alors: « C’est dommage, elle était chix et elle faisait du freestyle». En googleant des photos d’elle en sous-vêtements, notre discussion divagua dangereusement vers une remise en question de la qualité du système scolaire. Goldy mentionna alors à Blade une mystérieuse dictée dédiée au corps enseignant : la dictée Éric Fournier.  Plus particulièrement, Goldy voulait juste montrer qu’on voyait, sur une photo de la page d’acceuil du concours, la tronche d’un gars d’une école anonyme, on ne sait pas qui, on ne sait pas comment, on ne sait pas où, qui avait niaisé une fille (pas Goldy, ni Blade, mais ça aurait pu).

Après quelques rires gratuits de filles amères, Goldy, expliqua à Blade l’histoire de ce fameux Éric Fournier. Quel est le lien entre Éric Fournier et Sarah Burke? La mort. La jeunesse. Le sport. La tragédie. Le jeune homme est en effet décédé lors d’un stage hors Québec au BES, sur un vélo.  Le genre de mort tellement soudaine et précipitée que tes amis trouvent uniquement en guise de souvenir des choses comme : «Je me rappelle aussi du gros trou que nous avions fait dans le pot de beurre de peanuts de Steph à 3 heures du matin en rentrant de la Boîte à Marius… Il était vraiment frustré!!!  », souvenirs qui n’en sont pas moins magnifiques. C’est juste moins hot que: « Il était à la tête d’une chaire de recherche depuis trente ans, il aura sauvé de nombreuses vies grâce à ses découvertes en sémiologie». Mh Mh… Mais c’est mieux que : « Je me rappelle la soirée où nous avions lu un Memorial destiné à Éric Fournier! Quel beau moment! »

Bon Sarah avait déjà gagné une Médaille d’Or… Mais le pauvre Éric Fournier? Dans cette société où pourtant nous abordons des thèmes comme le caca et le poil, le thème de la mort est mis de côté, caché. Mais pourtant, elle est là, et NOUS NE SOMMES PAS PRÉPARÉS. C’est ainsi que Goldy et Blade se sont dit:

1) écrire les choses le web nous force à les faire

2) comment rendre accessible du bon matériel de « memorial » en cas de trépassement?

La réponse était simple, puisque des centaines de millions de personnes l’appliquent: un blog.  Un genre de blog, oui, pour célébrer la petite vie et pourquoi pas, pour revenir à notre amie utile, la sémiologie, apprécier d’avantage notre vie dans une verbalisation porteuse de sens. Se défaire du cynisme, cette figure rhétorique qui s’est mise à règner sur nos jugements quotidiens de la même façon que les sushis sont apparus dans notre pyramide de Maslow. Parce qu’au final, le beurre de Pean, ça coute moins cher, c’est bon pareille et ça donne des bonnes histoires!

Fait que c’est ça la plateforme. Merci Éric Fournier.

Présentation

Ni Blade ni Goldy n’étudie en Éthique et culture des religons, en gériatrie, ou ne repasse en boucle Nightmare Before Christmas et Nosferatus sur son vieux PC. L’excuse, c’est la mort, mais le thème, c’est la vie. C’est pourquoi le blog est divisé en plusieurs aspects de la vie:

Les déliches d’Hochelag pour être moins cyniques de son alimentation malsaine et faire l’éloge du « vieux »;

– Comme une odeur de Patchouli, pour être moins cyniques du quotidien;

– Sourcils sceptiques pour être moins cyniques des hommes et de l’amour (défi);

Ton petit look de marde pour être moins cyniques de la mode et sa ô grande imortance.